Jean Vincent VINCENTI (1822 – 1892)

Giovan Vincenzo VINCENTI

Naissance

Date : 27 mars 1822 [1]
Lieu : Piobbeta (Haute-Corse)
Père : Pietro Francesco Saverio VINCENTI (1780 – 1853)
Mère : Maria Rosana SICURANI (ca 1782 – 1850)

Mariage

Date : 11 février 1873 à 12h00
Lieu : Marie de Paris 10e
Epouse : Louise Henriette Angélique Amélie ALLARD (1831 – 1874)

Décès

Date : 04 février 1892 à 07h00
Lieu : 167 rue de Rennes, Paris 6e

 

Giovan Vincenzo, ou Jean Vincent, naquit le 27 mars 1822 à Pioppeta, petite commune de Haute-Corse située dans le canton de Valle d’Alesani, arrondissement de Corte. Cadet de Gassicourt, dans sa biographie de P. –V. Piobb, stipule que, descendant d’une vieille famille florentine fixée en Corse à la suite des querelles entre les Guelfes et les Gibelins, — factions médiévales qui s’opposaient militairement, politiquement et culturellement en Italie, notamment à Gênes et à Florence, depuis le milieu du XIIIe siècle — les Vincenti s’établirent à Piobbeta [2]  vers la fin du XIVe [3] siècle , et ajoutèrent à leur nom celui de leur village devenant ainsi les Vincenti da Piobbeta ou dei Piobbi, ou encore, par abréviation, Vincenti-Piobb.

Selon l’historien Giovanni Della Grossa (1388 — 1464), leur titre de Comte, conquis lors des guerres civiles corses, est toscan et se trouva compris dans la liquidation romaine de la succession de la Grande Comtesse Mathilde, duchesse de Bavière.

 

Comme il était de tradition pour nombre de jeunes Corses issus de familles de notables, trois des dix enfants (six fils et quatre filles) occupèrent des postes à responsabilité. L’aîné, Pietro Domitius (1802 — 1890), devint prêtre ; le benjamin, Antonio Risteruccio (1827 — 1872), fut Maire ; et Giovan Vincenzo, l’avant dernier né, chirurgien.

Il fit ses études de médecine en Italie d’abord, puis à Paris ensuite. Fixé à Rome en 1848, il ne tarda pas à acquérir une grande réputation.

En 1860, il servi comme chirurgien provisoire au bataillon franco-belge, qui, le 18 septembre à Castelfidardo, s’opposait aux troupes du Piémont menant la guerre d’unification italienne. Suite à la défaite des Etats pontificaux, ces derniers se réduisirent à la surface de l’actuel Latium et le bataillon de volontaires donna naissance aux Zouaves pontificaux.

 

Les officiers des Zouaves Pontificaux 
Août 1868 au camp de Rocca di Papa
 [4]

 

Il intégra ce corps dès sa création en 1861, puis passa chirurgien aide-major de 2ème classe le 18 janvier ; puis, de 1ère classe en mai 1864. Il en fut le seul jusqu’en 1866, en raison de son faible effectif (de 300 à 600 hommes les premières années) [5].

Le 5 janvier 1867, il passa major 1ère classe et fit la campagne de Mentana, opposant les troupes pontificales aux Chemises rouges de Giuseppe Garibaldi venues « faire crouler la baraque pontificale ». Les Zouaves ressortirent vainqueurs le 3 novembre, ce qui assura à l’Etat pontifical un répit de trois ans qui permit la réunion du premier concile œcuménique du Vatican [6].

Ces années de service lui valurent, ainsi qu’à nombre d’officiers, d’être médaillé de Castelfidardo, de Mentana et Bene Merenti. Au surplus, il fut décoré Chevalier de l’Ordre de Pie IX et de St-Grégoire-le-Grand.

De 1867 à 1870, chirurgien en chef à l’hôpital militaire San Spirito (Saint-Esprit) à Rome, il poursuivit ses recherches sur le paludisme. Il faut souligner, d’une part, que San Spirito était le principal hôpital de Rome — on y transférait les cas graves, traités sans succès dans les hôpitaux de garnison, ce qui explique son importante activité, ainsi que sa forte mortalité (260 sur 476 décès y sont survenus) — ; d’autre part, que la principale cause de mortalité des Zouaves était la fièvre, causée, notamment, par la malaria. Aussi, précurseur du Dr Charles Louis Alphonse Laveran, — médecin militaire français qui, en 1880, mit en évidence que les protozoaires pouvaient être la cause de la maladie, — le Dr VINCENTI avait, dès 1867, émis l’hypothèse d’un virus fébrile puisé dans les marécages par les moustiques et transmis par cet animal à l’homme [7].

Cadet de Gassicourt précise que ses talents le recommandèrent à l’Empereur d’Autriche François-Joseph (1830 – 1916) ainsi qu’à l’ancien roi des Deux-Siciles, François II (1836 – 1894), qui en 1861, s’était réfugié à Rome sous la protection papale.

 

Alors que les troupes françaises regagnaient leur pays suite à la prise de la Ville Eternelle, le Dr VINCENTI y demeura quelque temps pour soigner les Zouaves blessés avant de rejoindre le service de santé des Volontaires de l’Ouest, sous les ordres du Général Baron de Charette (1832 – 1911) qui avait négocié avec Gambetta l’emploi de ses hommes au service de la France dans la guerre franco-prussienne de 1870-71.

C’est en qualité de médecin major en chef chargé de l’organisation des ambulances, affecté à l’armée de la Loire, que Vincenzo VINCENTI se trouva à Châteaudun (octobre 1870), puis à Loigny (décembre 1870) et enfin au Mans (janvier 1871).

Les opérations militaires furent suspendues suite à la capitulation de Paris en janvier 1871 ; en août, Athanase de Charette rejeta la proposition d’Adolphe Thiers d’intégrer ses hommes à l’armée française, déclarant qu’il voulait rester à la disposition du Pape. Le 15 du dit mois, le corps fut dissout, et les Zouaves démobilisés de l’armée française.

 

Après quoi, Jean Vincent VINCENTI, âgé de 45 ans, retourna à la vie civile et se rendit à Paris où il résida au 342 rue Saint Honoré (1e).

Charette, quand à lui, se retira et passa ses trente dernières années à défendre la cause de la religion en songeant à la restauration de la monarchie légitime.

Les deux hommes, cependant, restèrent en lien. Charette le citera d’ailleurs dans son discours du 29 juillet 1885 à l’occasion des noces d’argent des Zouaves pontificaux [8].

De plus, le Baron fut l’un des quatre témoins lors de son mariage en 1873 avec Mlle Amélie ALLARD (1831 – 1874). 

De cette union naquit leur fils, Pierre François Xavier (1874 – 1942).

Quelques jours plus tard, le jeudi 16 avril 1874, Mme VINCENTI décéda au domicile conjugal, 14 rue Notre Dame de Lorette, Paris 9e.

Aussi, il éleva seul son fils unique jusqu’à sa mort, survenue le 04 février 1892.

Il repose après de son épouse au cimetière du Père-Lachaise [9].

1. Les sources sont contradictoires. En effet, son acte de naissance confirme les dires de Cadet de Gassicourt. Cependant, les documents militaires indiquent le 22 mars 1826 ; son acte de mariage, le 27 septembre 1836 ; et enfin, l’état civil de Paris 6e mentionne qu’il avait 66 ans lors de son décès en 1892 (soit une naissance également en 1826).

2. Bien que le dictionnaire des communes donne l’orthographe Piobetta avec un B et deux T, le nom de la commune doit bien s’écrire Piobbeta avec deux B et un T. En effet le nom vient de « piobbu », le peuplier en corse qui s’écrit avec deux B.

De plus, l’orthographe que l’on trouve dans les registres de l’Etat civil de la Haute-Corse de 1820 est : 

Commune de Pioppeta

3. Originaires de Florence, il est probable qu’ils aient appartenu aux Guelfes, faction soutenant la papauté.

4. Avec l'aimable autorisation de Military photos.

5. Ducoulombier, V. – Régiment des Zouaves Pontificaux, Morel, 1920.

6. Plus couramment appelé Vatican I, ce XXe concile de l’Eglise catholique, convoqué par Pie IX, se tint du 8 décembre 1869 au 20 octobre 1870. Il définit, notamment, l’infaillibilité pontificale, dogme selon lequel le pape ne peut se tromper lorsqu’il exprime ex cathedra. Il fut suspendu sine die lorsque les troupes italiennes envahirent Rome et ne fut jamais repris.

7. Piobb, P.-V. – Le paludisme sur les côtes de la Corse. In A travers le monde, 1908.

8. Noces d’argent des zouaves pontificaux, discours du Général de Charette. In La Croix n° 654, 30 juillet 1885.

9. Père-Lachaise, 49ème div., 2ème section (Paris 20e). URL : Sépultures militaires individuelles.

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Posté le 19/12/2018 05:16:20