Le comte Vincenti da Piobbeta

L'orthographe selon le dictionnaire des Communes, du village de la piève d'Alesani où s'établirent (où se réfugièrent ?) les Vincenti, est exactement Piobetta avec 1B et 2T.

La codification, assez curieusement est… 2B234 Haute Corse.

Le code postal est : 20234 Valle d'Alseni.

Arrondissement Corte, C. Orezza-Alesani-481 habitants.

Le biographe du Comte Vincenti, Cadet de Gassicourt, orthographie le nom du village avec 2B.

Pierre François Xavier Vincenti, né rue Notre-Dame de Lorette à Paris, signait ses articles avec 2B.

Préfiguration ? Précognition ?

Le Comte Vincenti-Piobb étudia, et en partie décrypta, les Centuries et Prophéties de Nostradamus. Or, chose étrange, le quatrain latin (Centurie VII, p.79) contient en initiales son nom :

Legis Cautio Contra Ineptios Criticos

Qui legent hosce versus, mature censunto :

Prophanum vulgus et Inscium ne attrectato :

Omnesque Astrologi, Blenni, Barbari procul Sunto,

Qui aliter facit, is rite sace resto.

Cela peut donner en traduction libre :

"Ceux qui liront ces vers les comptent mûrement… Arrière ! profane, ignorant, astrologue. Pour le reste c'est l'affaire du sacré."

LE SURREALISME

J'indiquerai aussi que Piobb influença le mouvement surréaliste sur les traces de Pierre Mabille. C'est André Breton lui-même qui l'indique dans la préface de la réédition du Miroir du Merveilleux de P. Mabille après le décès de celui-ci.

Les surréalistes s'intéressèrent au paranormal, aux rêves, à l'écriture automatique, et publièrent certains travaux chez J. Corti (dans la mouvance d'A. Giacometti et N. Mitrani). Ces préoccupations se trouvent dans les poèmes de Yves Battistini, professeur de Lettres à Sartène, comme dans la peinture automatique de César Peverelli.

LES VINCENTI DA PIOBBETA

Pierre Vincenti, né à Paris le 12 avril 1874, est décédé dans cette même ville le 12 mai 1942. Il descendait d'une vieille famille florentine fixée en Corse vers la fin du XIVème siècle, suite aux sanglantes querelles entre Guelfes et Gibelins.

Ils s'établirent à Piobbeta, canton de Valle d'Alseni, arrondissement de Corte, et ajoutèrent par la suite à leur nom celui de leur village, devenant ainsi "Les Vincenti da Piobbeta".

Son père, le Comte Vincent Vincenti, était l'arrière cousin du général Cervoni. Il naquit en Corse en 1822. Ce fut un chirurgien de grande réputation, major aux Zouaves Pontificaux.

Pierre Piobb débuta fort jeune dans le journalisme, et dès 1893, lors d'un séjour à Ajaccio, il fonde un Echo de la Corse.

LA SOCIETE SCIENCES ANCIENNES

De 1895 à 1899 il donne des articles au Monde illustre et à la Paix. Il entre en 1900 aux Lectures Modernes, puis comme chroniqueur scientifique à Nos loisirs, à la Revue des Revues, à la Liberté, à l'Information, où il rédige la chronique industrielle.

Il assurera de même de 1929 à 1933 la rubrique politique de l'Echo d'Alger.

Il publie en 1910 La Corse d'aujourd'hui, véritable réquisitoire contre l'attitude des pouvoirs publics envers la Corse. Hélas, son appel ne fut pas entendu. Il publie aussi dans la collection du Tour du Monde, Le déboisement de la Corse et Le paludisme en Corse.

La véritable œuvre de Piobb concerne cependant une série d'ouvrages sur l'occultisme. En 1907 il fait paraître le Formulaire de Haute Magie, en 1908 une étude mythologique intitulée Vénus. C'est en 1907 que Piobb fit connaissance de Charles Barlet dont il ne tarde pas à devenir l'ami.

Barlet, Martiniste connu, ami de Papus, avait constitué autour de lui un petit groupe de chercheurs, lequel alimenta par la suite le noyau d'où sortit en 1909 la Société des Sciences Anciennes.

La Société des Sciences Anciennes, déclarée le 20 Mars 1909, comptait dans ses membres :

  • Oswald Wirth, symboliste, auteur de travaux sur la tarologie, le symbolisme initiatique et hermétique.
  • Le Baron de Roure de Paulin, Avocat, Héraldiste au conclave, historien des Sciences de l'Antiquité, secrétaire de la Société des Ex-Libris.
  • Horace Choisy, Théosophe, Licencié en droit, secrétaire de la S.D.S.A. spécialisé en Astrologie générale et en Mythologie Amérindienne.
  • Eudes Picard, ami du physionomiste Ledos, trésorier de la S.D.S.A. traducteur des œuvres de Morin de Villefranche, et auteur de travaux sur le Zodiaque et la Géographie Sacrée.
  • Jacques Brieu, critique occultiste du Mercure de France, auteur d'essais sur la Forme d'après la Théosophie, l'Occultisme et la Kabale.
  • Le Docteur Vergnes, Spagyriste et auteur de travaux sur les médecines anciennes. Mavéric lui dédicacera un ouvrage sur L'art métallique des anciens.
  • Le polytechnicien Eugène Caslant, connu pour ses travaux sur la géomancie, le développement des facultés paranormales, l'astronomie électrodynamique, et qui dirigea le Traité Méthodique des Sciences Occultes qu'écrira Papus.
  • Castelot, le président de la Société Alchimique de France, fondée à Douai, et rédacteur du roman initiatique Les Fils d'Hermès.
  • Paul Vulliaud, homme de lettres, directeur des Entretiens Idéalistes.
  • Francis Warrain, le disciple d'Hoené Wronski qui écrira la synthèse de l'œuvre Psychobiophysique de Charles Henry.
  • Albert Jhounet, dit Jounet, collaborateur au Congrès Occultiste de 1907, auteur de l'Année Occultiste et Psychique, membre n°27 de la Société Théosophique d'Orient et d'Occident, et auteur dans la revue méditerranéenne Le Sphinx.
  • Félix Cadet de Gassicourt, conservateur adjoint, Bibliothécaire à la Bibliothèque Nationale de Paris, Archiviste de la Société Française des Collectionneurs d'Ex-Libris.

Ces fondateurs de la Société des Sciences Anciennes s'étaient placés sous l'autorité du plus jeune d'entre eux, Pierre Vincenti-Piobb, qui avait 34 ans. La société réunit aussi plusieurs dizaines de noms célèbres jusqu'à la guerre de 1914.

LE MOUVEMENT ESOTERIQUE DU DEBUT DU SIECLE EN FRANCE

On entraperçoit ici à la fois l'influence et l'autorité que Piobb a eues dans le mouvement ésotérique et culturel du début du siècle en France.

Son biographe, Cadet de Gassicourt écrit qu'il passe sous silence les multiples conférences qui remplissaient les séances ordinaires de la société : leur nomenclature n'en finirait pas.

Toutes ces leçons, toutes ces communications, révélèrent au monde savant tout un domaine absolument ignoré et inexploré.

Photo Charles Antoni

Pendant toutes ces années, de 1897 à 1937, Pierre Vincenti-Piobb passait ses vacances en Corse, seul d'abord puis avec sa femme après son mariage en 1904.

L'activité de la Société se manifesta par des conférences et des cours professés au Trocadéro, avec l'autorisation du Ministère de l'Intérieur, par Albert Jounet, Paul Vuillaud, Oswald Wirth.

Deux dessinateurs l'ont aidé dans l'illustration géométrique des figures clefs qui parsèment ses ouvrages [1], Claude Garlini et Marcel Lavergne. Ils furent très certainement mis au courant de la tradition johannite dont Piobb était héritier en droite ligne par son ancêtre, Antoine Joseph Vincenti, prieur du couvent d'Alseni en 1720.

Dans la revue le Sphinx, de 1920 à 1921, il fit paraître des études sur les principes géométriques d'un décryptage de l'Apocalypse dans lequel la Symbolique Astrologie joue un rôle majeur.

PIOBB ET NOSTRADAMUS

Pierre Vincent PiobbC'est en 1924 que Charles Blech offrit à Piobb la salle de sa société, avenue Rapp où, en 1927, il fit une série de conférences sur Nostradamus. Le livre qu'il publie par la suite, Le secret de Nostradamus, eut un très grand retentissement. C'est à cette époque qu'André Farjat le connut.

Ce dernier publia aux Éditions Psyché une étude mathématique sur les Centuries. C'est sans aucun doute ce qui s'est écrit de plus précieux dans ce domaine.

C'est André Farjat qui transmit à André Savoret cet intérêt qu'il mani­festa pour le Voyant de Salon.

Piobb publia aussi en 1939 une étu­de, Le sort de l'Europe, dans laquelle il expose ses réflexions sur La prophétie de Saint Malachie.

Il laisse sous-entendre que ces deux textes, Les centuries et La prophétie de Saint Malachie, sont beaucoup plus anciens qu'on ne le suppose.

Piobb, le décrypteur interprétateur des Centuries de Nostradamus, est le seul à avoir découvert le système chrono-cosmographique dont s'est servi l'astrophile de Salon. Il dévoile quelle situation secrète a occupé Nostradamus de son vivant et quelle tradition occulte il a pu laisser après sa mort. Il souligne la partie de la tradition secrète à l'aide de laquelle l'intégrité de l'oeuvre s'est perpétuée jusqu'ici et indique des repères dont il affirme qu'il suffit de les mentionner de nouveau pour que la chaîne traditionnelle se continue... Ces lignes du Comte Vincenti paraî­tront en 1927 ; assez curieusement, en 1960, dix-huit ans après le décès de Piobb, et trente trois ans après sa révé­lation du secret de Nostradamus, paraîtra un texte hors commerce intitulé Révélation dont l'auteur, M. -F. Nouveau de son patronyme, signe "Nouveau-Piobb". Il est considéré légalement par acte testamentaire comme le fils spirituel, mais non de race, de P.V. Piobb, le Comte Vincenti da Piobetta lequel, dans la dernière phrase de la préface de la réédition des Centuries et Prophéties de Maistre M + Nostradamus dit que la "révélation actuelle" a été prédite par le prophète lui-même qui a écrit qu'un jour vien­drait - et à une date que l'on peut aisément lire - où il serait "ressuscité encore par gens malins".

Dans son Secret de Nostradamus Piobb dévoile beaucoup de choses... ainsi que le rôle de la Corse dans l'Histoire de L'Europe au travers du traité de Cateau Cambrésis...

Il a été en son temps le conseiller occulte et secret des gouvernants de la Troisième République. En certains cénacles il était considéré comme le "Nautonier du navire France", réservant et guidant les Corses influents de hautes sphères gouvernementales, comme il l'écrira lui même en 1935 dans la revue lancée par Maryse Choisy Votre Bonheur.

Un ouvrage récent critique, après bien d'autres auteurs, l'oeuvre Nostradamique de Piobb. Les reproches, dans la logique simple et ordinaire, peuvent sembler fondés. Toutefois Piobb était discrètement provocateur et cherchait, au travers de quelques phrases seulement, après de longs et rigoureux développements, à atteindre ceux qui poseraient les seules bonnes questions aux personnes qualifiées, pour qu'a nouveau la chaîne de l'authentique Tradition se continue. Tel a été son but, son seul but en quête de la vérité au travers de la Raison Géométrique, sujet dont il a développé abondamment les tenants et aboutissants dans sa Clef Universelle des Sciences Secrètes paru après la guerre.

LA MISSION

GEOMETRIA XXIIICertains faits, facilement véri­fiables, comme celui du numéro de l'emplacement de sa tombe au Père Lachaise, prouvent de façon irréfutable une "filiation" entre Piobb et les révélations cycliques de l'oeuvre de Nostradamus.

C'est aux Archives Nationales qu'il découvrit les documents, sans doute dans le fond Templier, qui lui permirent de rendre "active" la filiation johannite héritée de son père. Cette filiation a dû se perpétuer.

D'où l'importance qu'il attacha à rédiger avec soin, dans son testament, le legs de différents objets, dont l'épée ayant appartenu à son père. Dans la revue Votre bonheur Piobb raconte des souvenirs d'enfance.

Sa mère étant décédée à sa naissance, il fut élevé par son père, alors au Vatican.

Il fut baptisé par le Pape Pie IX dans la Basilique St Pierre de Rome, au lieu même où les fouilles archéologiques d'après-guerre situeront la tombe de Saint Pierre.

Je passerai sous silence les péripéties survenues à "l'héritage" et l'envol des caisses de documents, avec le "Nouveau Piobb", vers l'Amérique du sud.

Il y a dans la vie de Piobb bien des inconnues, entre autres des Travaux et directives d'ordre politique, sur lesquels il n'est pas nécessaire de s'étendre, mais que l'on discerne en filigrane. Par exemple ses liens étroits avec de hautes personnalités du Ministère de l'Intérieur, et entouré à l'époque par ceux que Vincenti nom­mait les boni Corsi, sans doute des héritiers.

Avait-il percé le secret de la géo­métrie sacrée et des cycles, lui dévoi­lant l'émergeance, en des points précis terrestres et à des moments prévisibles, de ce que nous nommons l'histoire ?

Les sceaux, dessins et emblèmes qui jalonnent ses ouvrages, d'apparen­ce magique, et parfois même naïve, révèlent une parfaite connaissance des lois de la "circulation", qui régissent la grande Empreinte géométrique.

Celle-là même qui conduisit au bûcher Giordano Bruno, et publiée dans son Articuli advenus mathématicos, Prague 1588, ou dissimulées dans celles attribuées à Mantegna.

Piobb nous dévoile une partie de sa mission, entre autre page 501 de sa "clef " : Le chapitre XI de l'Apocalypse donne les nombres pour trouver, en chaque période alternante de l'évolution de l'Humanité, les "dimensions" que doit avoir l'enseignement initiatique." On appréciera le style.

Page 500, en note en bas de page, on trouve aussi cette stupéfiante révélation, dans un style alambiqué.

"Les johannites, qu'en italien on disait giovannaï, ont été persécutés au XIVème siècle. Beaucoup se réfugièrent en Corse. Ils y furent impitoyablement exterminés. Quelques uns pourtant ont échappé au massacre, et c'est un fait ignoré. Il y a dans une haute vallée de l'île, dont les eaux coulent vers l'est, en un endroit si inaccessible qu'on ne peut l'atteindre qu'à pied, toute une famille de giovannaï qui vit retirée... etc."

Bien éloignées des anecdotiques aventures parisiennes, ce furent les oeuvres de Nostradamus qui préoccupèrent particulièrement Piobb. Il avoue avoir dépensé une énergie considérable pour décrypter ces 1167 vers (somme des 22 polygones réguliers), et particulièrement l'énigme posée par le quatrain latin, hors texte.

Trithème et sa sténographie, Nostradamus et son message chiffré, polygonique et phonétique, les Vincenti johannites, la Corse...

Subsiste-t-il encore de nos jours, une lignée conservant cet héritage ?

Il y aurait de même beaucoup à dire sur les "farouches" velléités auto­nomistes de ses habitants, gardiens souvent inconscients des "lieux", en dehors de toutes considérations politiques, partisanes ou profitables.

Piobb aimait beaucoup la Corse, il l'aimait secrètement. Son père, son oncle lui avaient fait découvrir des chemins initiatiques, des itinéraires sûrs au travers des noms formidables de l'antique mythologie méditerranéenne dont encore maintenant monts et val­lées gardent leur géographie sacrée et secrète.

Dans la revue Votre Bonheur, que dirigeait alors Maryse Choisy, Piobb, sujet particulièrement doué, raconte comment, d'une façon spontanée, il fit une sortie en astral, de la Bibliothèque Nationale jusqu'à son domicile. Par la suite il expérimenta ce genre de loco­motion avec Henri Christian.

En astrologue érudit il nous fournit cette précieuse indication. "La maison IX du thème de nativité est celle de l'extériorisation. Choisissez l'heure de la planète qui commande cette maison. Par contre, à l'heure qui correspond à la maison IV, il est impossible de ten­ter une extériorisation."

Il faudrait ajouter à ce sujet que vers 1906 Piobb fonda la Société d'Astrologie que présidait Charles Barlet, et qui rassemblait, outre Barlet et Piobb, H. Selva, Caslant, Flambard, Eudes Picard et Jules Evenot.

UNE AVENTURE EXTRAORDINAIRE

Figure d'après Giordano Bruno, Articuli Adversus mathematicosCes érudits échangeaient des idées et des théories extraordinaires. Barlet eut l'idée de fonder une revue qui consignerait les travaux des uns et des autres, et décida de s'en ouvrir à l'édi­teur Chacornac. C'est à l'occasion de ce rendez-vous que Piobb relate une extraordinaire aventure.

"Nous venions de fixer un délai de trois jours, temps nécessaire pour rédiger le contrat, lorsqu'un facteur entra dans la boutique et déposa une lettre. Chacornac, tout en causant l'ouvrit et pâlit aussitôt.

  • Tenez, dit-il en tendant la lettre à Barlet, voyez comme il y a des gens méchants.

Barlet lut et pâlit à son tour et, sans proférer une syllabe, me passa cette feuille singulière. C'était une feuille quadrillée sur laquelle se trouvait écri­te cette phrase : D'après le Docteur Papus vous serez mort dans trois jours.

Aucune signature, la lettre était anonyme.

Je demeurai, moi aussi, interdit : nous venions à la minute même de prendre rendez-vous pour signer le traité dans les trois jours.

Il y eut un moment pénible, chacun sentait le besoin d'une diversion.

Charles Barlet fit alors appel à ses renforts de scepticisme. J'essayai, de mon coté, de puiser dans les réserves de ma gaîté naturelle. Mais Chacornac était visiblement très impressionné, le visage défait, les yeux vagues. Il nous déclara pontant qu'il ne se sentait nul­lement malade et qu'après tout il ne comprenait pas pourquoi on lui avait adressé un semblable message.

A la longue, peu à peu, il retrouva la maîtrise de soi et nous le quittâmes en stipulant une dernière fois que la signature du traité aurait lieu dans les trois jours.

Une fois dehors, je demandai à Charles Barlet :

  • Figura AmorisQu'est-ce que cela signifie ?
  • Je n'en sais rien, me répondit-il. On n'a bien raconté que Chacornac a des difficultés avec Papus mais cela ne justifie pas la lettre anonyme. Et puis Papus ne connaît rien à l'astrologie, ni personne de son entourage actuel : il ne s'agit donc pas d'une simple prédiction. D'ailleurs pourquoi annoncer une mort si ce n'est dans l'intention d'effrayer ? Il semble bien, au contraire, que ce soit là le procédé qu'emploient certains sorciers qui pratiquent les envoûtements. Ah ! Quand on touche à l'occultisme, on risque toujours de susciter des envoûtements. Mais pour quelle raison cherchait-on à nuire à ce brave père Chacornac, la crème des hommes?
  • Alors ?
  • Alors, mon cher ami, cela ne signifie pas grand'chose. La véritable méthode d'envoûtement, j'ai tout lieu de croire qu'elle est heureusement ignorée. Ce n'est donc qu'une farce, quoiqu'une farce d'un goût déplorable. Au revoir dans trois jours venez me prendre chez moi pour aller signer le traité.

Il me laissa. Je ne pris pas autrement garde au fait dont j'avais été témoin ; il ne pouvait du reste, en aucune manière me causer une impression ; ce n'était, somme toute, que la réception d'une lettre anonyme par un tiers, - fait sans importance.

Et deux jours passèrent sans inci­dent notable.

Au matin du troisième jour, je me réveillais frais et dispos et prêt à me débarbouiller, je me regardai dans la glace.

Stupeur ! J'avais le nez comme une tomate !

On aurait dit que j'avais reçu un formidable coup de poing en plein visage, et pourtant je ne m'étais battu la veille avec personne, - je n'ai du reste pas le caractère batailleur - je m'étais même couché très tôt ayant du travail pressé pour le lendemain.

Simple ecchymose, pensai-je. Cependant mon nez ne me faisait pas mal, et si par hasard je m'étais cogné en dormant, il eût dû être endolori.

D'où provenait donc cette ecchymose ?

Je me contentais d'opérer quelques frictions à l'alcool, et je ne m'inquiétais pas davantage.

Un peu avant l'heure du rendez-vous pour la signature du traité, je me présentai chez Charles Barlet. Il habitait rue des Grands Augustins, non loin de la librairie Chacornac, parmi les livres rares et au milieu d'un désordre pittoresquement vétuste.

Il vint m'ouvrir à sa coutume.

Tiens ! lui aussi avait le nez endommagé ! J'en étais éberlué.

  • Qu'est-ce qu'il nous est arrivé ? m'écriais-je.
  • Ah ! fit Charles Barlet d'un air assez mal assuré en constatant notre état réciproque, je crains quelque chose.

Du coup, il n'affichait plus son légendaire scepticisme.

  • Allons toujours signer, dit-il, nous verrons bien.

Mais sa voix s'étranglait. Ce fut sans échanger beaucoup de paroles que nous fîmes le long du quai, les quelques cent mètres pour parvenir à la maison d'édition.

Arrivés là, nous demeurâmes figés sur le trottoir.

La boutique était close, la devanture posée et verrouillée portait un écriteau bordé de noir sur lequel on lisait : Fermé pour cause de décès.

Chacornac père était mort dans la matinée.

Nous suivîmes son corbillard, Charles Barlet, Jules Evenot et moi, avec sa femme et son fils, plusieurs de ses parents, quelques occultistes aussi, qui se souvenaient des façons charmantes de cet éditeur d'un autre âge.

Sur le chemin du re tour que nous fîmes à part, Jules Evenot fut mis au courant du fait de la lettre anonyme : Charles Barlet le lui raconta d'un ton assourdi, et il ajouta :

  • Maintenant, y a-t-il une corrélation entre ce fait et celui que les témoins de la réception de la lettre anonyme ont reçu un choc sur le nez ?

Jules Evenot hocha la tête, réfléchissant, confrontant ses souvenirs hermétiques.

  • Mieux vaut n'en rien dire, fit-il enfin, ces coïncidences sont trop singulières.

Jules Evenot était un très digne homme, fonctionnaire des finances en retraite, lui aussi. Il avait peu connu Papus, mais il ne le tenait pas en grande estime : ses façons d'agir ne lui avaient jamais plu. Il se garda cependant de l'incriminer en l'espèce.

  • Et maintenant, conclut-il, que deviendra la revue ?
  • Rien, répondis-je précipitamment. La revue s'est écroulée avant de paraître.

Charles Barlet et Jules Evenot se montrèrent du même avis : leur résolution fut aussi spontanée que la mienne.

Jamais plus je n'ai songé à une publication occultiste.

Auprès de la mort qui rôde, toute coïncidence est significative.

Cette "certaine façon de comprendre la vie" qui, à divers moments a pu paraître insolite, est aussi la réponse à ceux qui n'ont pu comprendre Piobb lorsqu'il lançait les "bouteilles à la mer" dans ses ouvrages, messages volontairement provocateurs et insolites, notamment sur Nostradamus et Saint Malachie mais aussi dans la Clef universelle des sciences secrètes.

CONSEILLER OCCULTE

ASTROLOGIA XXXVIIIIPiobb était très introduit dans le journalisme et les milieux parlemen­taires comme à la chambre des députés et au sénat.

Ses "bouteilles à la mer", il les des­tinait aux hommes de bonne volonté et qualifiés. Initié au Soufisme, représentant à Paris du Maréchal Lyautey, puis des résidents généraux qui lui succédèrent, il était conseiller occulte de personnes comme Daladier, César Campinchi, André Maroselli en son cousin direct Cesar Calendini du ministère de la guerre.

Sa renommée, il la devait à l'extraordinaire réalité redécouverte par lui, qu'il avait fini par baptiser : "La Théorie du Moment Cosmique".

On comprendra le succès auprès d'un polytechnicien comme Caslant de cette théorie ; de même dans les milieux politiques, d'une possible utilisation de la parole juste, à l'instant juste. Il y a bien une histoire à l'intérieur de l'histoire.

Doit-on dire, comme l'écrivait Piobb, que, "derrière l'occultisme il y a toujours de l'occulte" ?

Du Savio d'Asco, extraordinaire médium, et de Jean Mariotti de Nouvelle Calédonie, l'initié Canaque, en passant par les Vincenti, avec ce qui transparaît à l'heure actuelle à Vizzavona, la Corse reste une Terre où les Aigles s'assemblent encore sur cer­taines tours.

Paris, le 24 Novembre 1993

 

1. Il est précisé : "sur les indications expresses de l'auteur" : Les gravures sont extraites du livre intitulé Suite d'Estampes de la Renaissance italienne dite Tarots de Mantegna aux Editions Arnaud Seydoux

Source : L'originel
Irdnael
Posté le 27/07/2006 00:00:00 Votre notice est très intéressante et assez bien informée. Toutefois je crois pouvoir démentir par voie d'affirmation les points suivants: 1. Piobb n'est absolument pour rien dans la mort qui a fait depuis des décennies l'objet d'affabulations. Votre récit fait partie de ce florilège. 2. Les boni corsi ne sont pas les héritiers d'une sagesse mais des corses patriotes qui de 1910 à 1932 se dressèrent contre les actes de Joseph Caillaux lui même appuyé par des corses dont Ceccaldi. Le rôle de Piobb fut celui d'un homme d'influence et d'un combattant contre l’irrédentisme. Sa mort en 1942 est intervenue dans ce contexte, il faisait l'objet d'une surveillance étroite de la gestapo et de l'ovra (police secrète italienne). 3. le couvent d'alesani n'a qu'un lien très tenu avec Piobb, son ancêtre franciscain était un théologien et non un adepte du johannisme. Les racontars en circulation sur une pièce secrète dans le couvent, la crypte souterraine et un trésor des franciscains disparu à la révolution sont sans fondement.
Irdnael
Posté le 28/07/2006 00:00:00 omission de ma part. au 1. iul s'agit de la mort de Papus sur laqelle on a raconté tout et n'importe quoi: la mise en cause de Pierre Piobb revient périodiquement. La lecture et la méditation de l’œuvre de Piobb montre qu'il n'était pas du coté de Thanatos.
Villeneuve
Posté le 11/07/2007 00:00:00 Merci pour ces pages biographiques d'un bon auteur. Mais quelqu'un a-t-il établi une bibliographie de PIOBB ?
6beronline
Posté le 18/01/2008 00:38:25 Bonjour, je suis trop néophyte pour déposer un commentaire, mais je pense que ce site pourra m'aider dans cette recherche ardue. Merci
Villeneuve
Posté le 01/09/2008 01:47:00 ou trouver un article sur la raison géométrique ?
Charlotte
Posté le 07/12/2008 11:20:16 à la question : "y'a t-il une suite dans la passation initiatique" la réponse semble naturelle et relève de la recherche du bien du beau et du vrai; oui
Matthieu Séassau
Posté le 10/01/2009 10:50:05 Passionnant, il est curieux de constater la résurgence actuelle de ces différents courants convergents "hermétistes" qui n'ont pas forcément de rapports apparents. Toutefois la recherche qui me mène à écrire sur ce site tient pour une bonne part à l'étude de l’œuvre d'Auguste-Edouard Chauvet, comment prendre contact avec Monsieur François Trojani pour plus d’éclaircissements ?
Dume Ferrari
Posté le 12/02/2009 10:51:16 bonjour, je suis dume ferrari de piobetta. Je ne sais dans quelle mesure mon arrière grand père Séverin est arrivé dans ce village en compagnie de son "maître" dont il était, en fait, le fils naturel venant de Cornillio provincia di parma en Italie.Je ne sais qui est réellement son "maître" : Piobb, son père, ou quelqu'un d'autre de sa famille etc.. tout ceci est flou. J'aimerais avoir des renseignements plus précis sur la "petite histoire".
Franco De Pascale
Posté le 15/02/2009 11:26:13 je vous remercie beaucoup pour tant de renseignements sur cette personnalité magistrale dans les études magiques.
Robert
Posté le 22/03/2009 09:48:54 merci pour les renseignements romano
Bariant Marc
Posté le 13/06/2009 16:26:07 je suis membre actif d'un aréopage de recherches "Sources" Suprême conseil, rite écossais, je souhaite m'abonner, merci
Yves LE MAITRE
Posté le 23/09/2009 09:13:32 les recherches sur les nombres peuvent vous emmener très loin, mais peu sont ce qui peuvent réellement dépasser la vision du nombre pour celle de l'ensemble. Les nombres sont une interprétation très séduisante de la réalité, mais leur traduction dans la matière nécessite une capacité magnétique que les écrits, les groupes ou toutes les démarches humaines collectives ne peuvent donner. Seule la foi demeure.
Margot THIEUX
Posté le 06/12/2009 18:45:57 En Géomancie la Tradition répercutée au dix-septième siècle par Robert Fludd Chercheur Kabbaliste, savant dans son fameux Traité texte latin, DE GEOMANTIA Etude du Macrocosme se perpétue par P.-V. Piobb lors de sa traduction annotée et traduite pour la première fois entreprise en 1908 terminée par lui en 1910 éditée chez DARRAGON, puis chez DANGLES deux ans après la mort de Piobb. Si l'OEUVRE est fractionnée comme le dit Piobb chacune n'en constitue pas moins un tout complet. Très respectueusement dans mon livre de Géomancie paru fin 2007 chez Véga "La Terre Vous Parle" j'ai Géométriquement repris et remis à leur place à la manière de Fludd et Piobb "dans la simple et pure vérité" PUER et PUELLA.
Christophe.vincenti
Posté le 25/06/2010 23:17:10 je découvre les écrits et la philosophie de Piobb, je me retrouve dans un univers qui me semble accessible, presque un vécu ou les cases vides se remplissent de sens, une théorie de l’existence que je partage, Piobb était un visionnaire...
Vincenti Edmond
Posté le 23/08/2010 19:42:40 J'ai entendu dire par un Vincenti Noël de Tahiti que les Vincenti sont originaires de Piobetta... Un corse m'a dit que les origines des Vincenti sont Prunelli di Fiumorbo. Mes enfants sont aussi très intéressés de connaître les origines de notre nom.
JJMARCHE
Posté le 12/09/2010 08:09:06 je viens de découvrir des écrits de P.-V. Piobb, je trouve cela très intéressant - quelqu'un pourrait me dire ou trouver ces ouvrages, un plus particulièrement : "le temple inconnu ou l'amour renait"
Pietricaggio
Posté le 06/04/2011 13:39:19 Je suis fière d'être née en 1953 dans ce petit village chargé d'histoire et de mystères.
Albedun
Posté le 12/08/2011 09:09:59 Bonjour. P.V. PIOBB, page 25 de son ouvrage Le Secret de Nostradamus, éditions Adyar, Paris 1927 nous dit: « Or, le mouvement de la Lune, qui est extrêmement compliqué, a permis à Nostradamus d’empêcher presque absolument que l’on puisse entrer avec facilité dans son œuvre. Et l’on peut dire que sa cryptographie est analogue à la roulette de Monte-Carlo ! Celle-ci est établie de la façon suivante : sur la roulette, se trouvent les 36 nombres de la double table des épactes, en comptant un zéro au lieu de deux ; et sur le tapis du joueur se trouvent ces mêmes nombres mais numérotés suivant la formule – 1 + 9 + 19. De sorte que le joueur croit miser sur le nombre de la roulette et ne mise en réalité que sur son numéro de série ! Ainsi les martingales se détruisent très rapidement et seule une multitude de causes extrêmement longues à calculer peuvent produire la chance. » Quelqu'un s'est-il penché sur cette phrase énigmatique ? Merci. Très cordialement
Invité
Posté le 24/10/2017 11:30:10